Deux semaines dans un Best Western à Winnipeg, sans la moindre nourriture d’Afrique de l’Ouest en vue. Une épicerie de Terre-Neuve où l’on trouve de la viande de baleine, mais pas de produits frais. Au fil des ans, de nombreux immigrants ont trouvé que la cuisine canadienne laissait à désirer. Dans cet épisode, nous entendons des histoires au sujet des liens émotionnels entre la nourriture et le chez-soi, et sur l’effet que la cuisine et le partage des repas peuvent avoir pour aider les gens à s’adapter à la vie dans un nouveau pays. Des histoires tirées de la collection d’histoires orales du Musée.
Mireille Thomas Et quand je suis arrivé ici, puis je suis allé au supermarché. Il n'y avait pas de poissons frais et les seuls légumes, quand je suis arrivé, c'était des carottes, des navets et des pommes de terre et des oignons. OK.
(Musique)
Philip Moscovitch C'est la voix de Mireille Thomas. Née à Marseille en 1944, elle est arrivée à Terre-Neuve à l'âge de 20 ans, en 1964. Et comme vous pouvez le constater, la nourriture disponible à Terre-Neuve n'était pas tout à fait comme celle de la Provence. Nous allons entendre plus de l'histoire de Mireille, et plusieurs autres, dans cet épisode d'Innombrables voyages.
Montage voix 1 J'ai vraiment réalisé la force de ce pays, la générosité de ce pays, et l'ouverture qu'a ce pays, et surtout cette sensation de paix et de calme.
Montage voix 2 Vraiment, vraiment, je ne pourrais même plus quitter Winnipeg. J'adore Winnipeg. Pour rien au monde, je peux quitter cette ville. Je pourrais être... je me sens vraiment, vraiment à l'aise à Winnipeg, à part le froid. Vraiment, c'est une ville que j'adore.
Montage voix 3 Si je pense à ce qui s'est passé, même sur le plan gastronomique, il n'y avait rien. Je me rappelle arrivé ici, deux... un cheddar! Deux couleurs différentes. Un cheddar!
Philip Moscovitch Bonjour et bienvenue à D’Innombrables voyages, le balado du Musée canadien de l’immigration du Quai 21.Chaque épisode, on vous propose des fascinantes histoires touchant à la vie des gens qui ont choisi de s’établir et de faire une vie au Canada.Je m'appelle Philip Moscovitch, et cette saison, le thème d'Innombrables voyages est la nourriture.
Dans notre dernier épisode, on a rencontré Didier Laurent, de la Belgique, et Frederic Tandy, de la France, qui… à leur propre manière… contribuent à l’évolution des goûts dans les Maritimes.
Aujourd'hui, par contre, on va explorer divers thèmes liés à l'immigration et à la nourriture à travers la collection des histoires orales du Musée canadien de l'immigration du Quai 21. Un petit mot à propos de la collection. Le musée tient une archive de presque 1 500 entrevues avec des personnes provenant de tous les horizons. C'est un véritable trésor, plein d'histoires personnelles de la vie des immigrants, touchant à tous les aspects de la vie. Et un des thèmes qui revient souvent, souvent, souvent, sans surprise, c'est la nourriture.
(Sons de cuisine)
Quels sont vos premiers souvenirs, vos premières connexions culturelles? Pour beaucoup de gens, ces souvenirs-là sont liés à la nourriture. Je vous donne un exemple de ma propre vie. Je suis né au Canada, à Montréal, d'un père juif avec des racines roumaines, et d'une mère grecque. À mon école, dans ma petite banlieue, il n'y avait personne d'autre d'origine grecque. Juste moi, et ma sœur. Et une des choses qui nous distinguaient, c'était la nourriture, bien sûr. Un jour, en maternelle, notre enseignante a demandé aux enfants quel était leur repas favori. Et comme vous pouvez l'imaginer, les hamburgers, les hot dogs, et la pizza étaient les vedettes ce jour. Pourtant, à mon tour, ma réponse était l’avgolemono… une genre de sauce aux œufs et au citron, servie avec du poulet ou des boulettes de viande.
(Musique grecque)
Philip Moscovitch Chaque samedi, ou presque, on embarquait de la banlieue pour aller sur l’avenue du Parc, où on retrouvait les magasins grecs: la boulangerie, la poissonnerie, l’épicerie. Est-ce que les pâtes grecques de marque Misko et le concentré de tomates Kyknos étaient vraiment de meilleure qualité que les marques canadiennes? J’en doute. (Ben, peut-être, dans le cas des tomates!) Mais ce qui avait le plus d’importance, c’était la connexion émotionnelle. C’est ça, la nourriture et l’immigration. Une histoire de cœur.
Et, peut-être de la recherche du bon fromage.
Alors… embarquons.
Peut-être que c’est une coïncidence, mais on retrouve dans l’archive d’histoires orales beaucoup de Français qui regrettent de ne pas trouver les aliments qu’ils aiment au Canada… ou bien des aliments de qualité.
Revenons à Mireille Thomas. On a entendu sa voix au tout début du balado. Mireille a passé son enfance au cœur de la Provence, avec beaucoup de fruits et légumes frais. Arrivée au Canada en 1964 avec son mari, qui a été embauché par l’Université Memorial, à Saint-Jean de Terre-Neuve, elle était choquée par les aliments.
Et ce n’était pas seulement le manque de fruits et légumes frais qui était choquant.
Mireille Thomas Ben, je vais vous faire... Oui, très différente. Parce que j’arrivais de Marseille, de la Provence qui est quand même le pays des légumes. On a toujours, chez nous on a toujours mangé— Maintenant on donne un, un titre, une étiquette, la, le— le régime méditerranéen, mais j’ai jamais pensé à ça. Chez nous, y avait toujours de l’huile d’olive, y avait toujours des tomates, y avait toujours des légumes, des fruits frais et tout ça, parce que de là où je viens c’est, c’était normal. Et quand je suis arrivée ici puis je suis allée au supermarché, y avait pas de poisson frais, les seuls légumes quand je suis arrivée, et là c’est en 64, il faut se souvenir c’est quand même assez loin, c’est plus comme ça maintenant. C’était des carottes, des navets, et des pommes de terre, et des oignons. OK, alors c’était un petit peu difficile. Y avait beaucoup de boites de conserve. On trouvait pas de café, c’était juste du Nescafé. Le poisson c’était seulement le poisson salé, quelques fois congelé. Qu’est-ce qui avait encore…la viande, c’était surtout de la viande congelée. Par contre, je me souviens, j’allais au… à un des supermarchés, des petits, des petites épiceries qui étaient encore ouvertes, et ils avaient des steaks de baleine. Donc j’ai goûté de la baleine à l’époque, maintenant on peut plus acheter de steaks. Voilà. Mais c’était vraiment difficile de— de m’adapter, mais je pense, je pense que je suis faite, c’est dans mon caractère de m’adapter. Alors j’ai toujours aimé ce qui est différent, et puis aller voir ailleurs, je suis curieuse.
Philip Moscovitch Donc baleine, oui, salade non. Mais comme le dit Mireille, elle s'est adaptée. C'est l'histoire de l'immigration, non? On s'adapte au plan de la nourriture et ailleurs. Aujourd'hui, on peut trouver une sélection beaucoup plus variée à Terre-Neuve. Mais Mireille est aussi arrivée à aimer des plats locaux.
Mireille Thomas Ah oui, c’est toujours adapté. Moi les recettes, j’adore les livres de recette, j’en ai plein chez moi, je les lis comme on lit un bon bouquin, ça me donne des idées puis après je vais faire ce que je fais sans livre. Donc, ah oui oui, par exemple les fishcakes là à la terre-neuvienne, c’est très bon. Et puis maintenant je dois dire que je trouve à peu près tout, même les épices, même les choses, euh, qu’on n’avait pas y a 20 ans je trouve, donc je peux faire la nourriture, j’ai appris à faire les fèves au lard à la québécoise, j’ai appris à faire plein de choses parce que je, j’aime ça, oui, et les soupes. On a, St. John’s je dois dire, il y a quand même une population très variée, puis des supermarchés où on trouve de tout.
Philip Moscovitch Nicole Balvay-Haillot est aussi française, de la Bourgogne, et née en 1942. Elle est écrivaine, établie depuis longtemps à Gatineau, près d’Ottawa. Comme Mireille, quand elle est arrivée au Canada, elle était choquée par la qualité des aliments… et de la sélection.Quand on est au supermarché en 1970 et qu'on voit une sélection de fromages qui consiste de deux formes de cheddar, bon, on n'est plus en France.
Nicole Balvay-Haillot Mais c’est sûr que si je pense à ce qui se passait, même sur le plan gastronomique hein, y avait rien. Je me rappelle arriver ici et deux— un cheddar, de deux couleurs différentes mais un cheddar. C’est à peu près tout. Je me rappelle même pas, quelqu’un qui me disait y avait Philadelphia, peut-être, je me rappelle pas. Les yaourts ça semblait vraiment extraordinaire, ça coûtait un prix de fou tout le monde nous regardait acheter mes yaourts. Alors qu’en France écoutez, les, les rayons de fromages et de yaourts, yogourts ou comme on veut, c’est extraordinaire alors. Y avait pas de beurre, alors ça—pas de beurre autrement que salé alors nous on avait l’habitude du beurre frais, bon. Mais ça a changé, ça énormément changé. On est gâtés, les gens se rendent pas compte mais on est vraiment gâtés. Alors les choses se sont bien améliorées. Bon, le vin...
Philip Moscovitch Aujourd'hui, il y a une belle industrie du vin au Canada, de la Colombie-Britannique à la Nouvelle-Écosse. Mais dans le temps, le vin canadien était synonyme d'affreux. Vraiment, vraiment affreux. Bon marché, oui, mais sucré.
Nicole Balvay-Haillot Mais quelqu’un comme mon mari qui, qui, qui aime le, le vin, le bon vin, c’était épouvantable. On nous a amené une fois, on nous avait offert une, une bouteille de Niagara, c’était du jus sucré. Il a trouvé ça épouvantable. Il s’en est servi pour, pour faire de la cuisine ou je sais pas s’il l’a jetée, enfin bref. Y avait vraiment rien. Alors tout était à, à réinventer. Fallait s’adapter à une autre culture, c’est sûr. On n’avait jamais mangé de maïs. Alors, je me concentre sur la gastronomie, parce qu’effectivement c’est ce qui nous a frappé le plus, puis tout de suite à près. —Oui, L’autre chose qui m’a frappée aussi c’est toutes ces, ces pelouses. Il y avait des pelouses autour des maisons et je voyais pas de jardin potager alors qu’en France, écoutez, ils ont tellement manqué de nourriture pendant la France—Je sais pas comment c’était avant, j’étais pas née. Mais que tout le monde avait un potager. Je peux pas concevoir un jardin sans avoir la partie ‘potager’. Même encore aujourd’hui, les gens ils ont un potager, alors que ç’a pris beaucoup de temps avant que les gens se mettent à avoir des potagers. C’était comme une espèce de mode, puis c’était un petit machin avec trois tomates, là bon c’est tout.
Philip Moscovitch Quand on arrive dans un nouveau pays, toutes les premières expériences nous frappent. Tout est plus intense, plus mémorable. Il y a une série de premières fois, de premières impressions… de premiers repas. J’ai noté même qu’il y a toute une section sur le site web du Musée canadien de l'immigration du Quai 21 qui s'appelle « Ma première bouchée de pain blanc canadien ». Il y en a qui se souviennent chaleureusement du « merveilleux » pain blanc, si différent des pains à croûte italiens ou des pains de seigle allemands. D’autres sont plutôt horrifiés! Arrivée de l’Italie, Angelina Crosdale se souvient qu’elle voulait rentrer chez elle dès qu’elle a goûté le pain blanc. Est ce que vous avez déjà pleuré à cause de la nourriture? Moi, je vous avoue que oui. Et bien d'autres aussi, comme Serge Soh Tamba. Né au Cameroun, Soh Serge Tamba vient d’une famille de commerçants. À l’âge de 13 ans, il était député junior à l’Assemblée nationale du pays. Il est arrivé au Canada en 2013 pour étudier l’administration d’affaires à l’Université Saint-Boniface.
Sa première rencontre avec la « cuisine canadienne » entre guillemets, était marquante. Écoutons.
Serge Tamba J’ai pas où aller. C’est difficile. C’est pénible. Faut être à l’hôtel. Et [rit] je pourrais dire je suis, en camerounais, je suis un africain un peu très compliqué. Je ne mange pas des repas de l’occident. [rit] J’adore cuisiner. La cuisine est l’une de mes passions. J’adore cuisiner la repas, les repas camerounais. Et, euh, je m’image, je suis à l’hôtel, j’étais à l’hôtel, down, en ville, l’hôtel s’appelait Best Western. Et là, et après je, je me rends compte y’a des repas j’arrive même pas à manger la nourriture de l’hôtel. C’est difficile pour moi, je me sens seul, une personne qui a budget à avoir cette, l’indépendance de pouvoir manger à son aise. J’arrive même pas à faire le choix. C’était pénible pour moi. J’avais juste d’avoir une place que je pourrais appeler le mien. Un endroit que je pouvais cuisiner ce qu’il me plait. C’était vraiment, vraiment difficile. Et ça m’a pris, j’ai pris, j’ai fait environ deux semaines à l’hôtel. Le stress, je partais à l’école. C’était vraiment difficile.
Philip Moscovitch Moi, je trouve cet extrait-là fascinant. En quelques phrases, Serge Tamba touche sur tant d’enjeux relié à la nourriture : le manque d’aliments de chez nous, l’étrange nourriture du nouveau pays (disons quand même que pour n’importe qui, les repas du Best Western ne sont pas gastronomiques), et l’aspect social… de manger avec les autres.
Bon, vous avez entendu que Serge Tamba aime bien cuisiner. Eh bien, c’est vers la cuisine qu’il s’est tourné pour s’établir au Canada comme homme d’affaires.
Sous l’égide d’Entreprises Riel — c’est un organisme à but non-lucratif à Winnipeg, qui fait la promotion de la langue française comme valeur ajoutée dans le monde des affaires et le tourisme — Serge et une autre étudiante ont ouvert le restaurant-kiosque Régals de l’Afrique, sur le pont Esplanade Riel.
Serge Tamba Mais l’après graduation fut pénible. Trouver du travail. Au début j’ai gradué au mois de juin. Et directement, j’ai d’abord lancé une mini-entreprise. J’ai créé une entreprise sur le pont de Saint-Boniface, qui avait pour but de pouvoir, euh, mettre à l’évidence la culture camerounaise à Winnipeg. La culture africaine à travers sa gastronomie. J’ai pu louer, j’ai pu avoir un stand en partenariat avec Entreprises Riel et tourisme Winnipeg. Ils m’ont donné un stand sur le pont de Provencher. Où j’ai pu passer les examens gastronomiques, parce que je suis très bon en cuisine. J’ai réussi avec un A pour pouvoir, et j’ai pu avoir ma licence. J’ai pu avoir mes papiers venant du gouvernement provincial pour pouvoir ouvrir un restaurant à Winnipeg. Ce fut une très bonne expérience d’être un entrepreneur. Non seulement j’ai étudié à l’école, ce projet d’entrepreneurship, mais aussi je l’ai réalisé. C’était une très bonne expérience. Est-ce que j’ai perdu l’argent? Non. Est-ce que j’ai gagné à l’extrémité? Non. Mais, je me suis fait beaucoup de contacts. J’ai, je trouve aussi le plaisir de dire, euh, j’ai gagné le prix, du jeune entrepreneur, donné par Entreprises Riel. La Fosse aux lions sont l’un des meilleurs jeunes entrepreneurs franco-manitobains. J’ai gagné ce prix. C’était vraiment une fierté pour moi. Et c’était quatre mois intenses. C’était quatre mois en train de gérer la ressource humaine. J’avais quelqu’un avec qui je travaillais. Une fille du Burkina Faso. Entre gérer la cuisine, je faisais la cuisine, entre gérer les finances, entre gérer les évènements extérieurs, ce fut vraiment, vraiment, vraiment une expérience, être un entrepreneur. C’est pas évident. Et en septembre, c’était la fin de l’été, je ne pouvais pas continuer. Je pouvais plus continuer parce que la localisation de ce restaurant était sud dans un conteneur sur le pont. Y’avait pas de chauffage, je pouvais pas continuer pour l’hiver. Il fallait que je ferme. Ça s’appelait Les régales de l’Afrique. Devait fermer. Il fallait me lancer maintenant dans le milieu du travail.
Philip Moscovitch Et comme ça, Serge Tamba s'est lancé dans l'entrepreneuriat. Le resto, les tables au marché, ce sont souvent des routes pour les nouveaux arrivants qui s'installent au Canada. Frederic Tandy, qu’on a entendu dans notre dernier épisode, a commencé son entreprise avec une table au marché historique de Halifax. Et c’est au marché de Charlottetown que Jouwairia Lahboub-Daayf a décidé de commencer sa propre petite entreprise, pour l’aider à s’intégrer et pour souligner sa culture.
Née au Maroc en 1975, Jouwairia est venue au Canada pour terminer ses études à l’Université Laval, à Québec. Après une session, elle s’est mariée, et elle est partie avec son mari pour l’Île-du-Prince-Édouard. Le couple a passé un an et demi à Charlottetown, et c’est là que Jowairia a vu une opportunité.
(Sons de marché)
Jouwairia Lahboub-Daayf Euh, ce que j’aimais aussi, y’avait à Charlottetown les gens, ils avaient un Farmer’s Market. Alors, Charlottetown, y’avait un Farmer’s Market qui était ouvert juste les samedis de neuf heures à deux heures. Alors, euh, et puis on est, on visitait, puis on allait voir. Et puis y’avais des personnes, des Canadiens, comment on dit, des africains, alors qui vendaient des choses. Alors il y avait de la nourriture, il y avait des légumes, mais c’était vraiment un centre, euh, quand tu retrais on dirait qu’on est, c’est comme un culture exhibit. De tout, certains pays. Culinaire, l’aspect culinaire, l’aspect art. Alors moi je me suis dit « Ça c’est une excellente idée pour moi, c’est une excellente opportunité pour faire connaître ma culture. » Alors, et puis, j’étais dans le domaine d’administration des affaires, je me suis dit « Bien, ça c’est une excellente opportunité pour moi de faire quelque chose, comme un business. » Mais c’est juste, euh, faire connaître l’art culinaire du Maroc, et puis aussi tout ce qui est artefact. Alors, euh, j’ai, j’ai fait la demande et puis ils m’ont donné, elles nous ont donné un endroit pour vendre la nourriture, et puis on, je faisais, je vendais la nourriture marocaine. C’était les samedis de neuf heures à midi. Y’avait, tout le monde adorait. Y’avait les gens qui venaient vraiment chaque samedi pour, euh déguster la cuisine marocaine. Y’avait des Filipinos, y’avait, alors c’était vraiment, une excellente, une expérience enrichissante que j’ai passée à l’Île-du-Prince-Édouard.
Philip Moscovitch Bon, moi je visite Charlottetown chaque été. Jouwairia n’est plus au marché… elle est partie après un an et demi pour Winnipeg… et aujourd’hui elle est professeure à l’Université de Saint-Boniface. Mais je peux vous dire que c’est toujours un excellent endroit pour trouver des repas africains, indiens, mexicains, iraniens… et plus encore.Comme on a vu,la nourriture et l’immigration, les deux sont entrelacés. Et au-delà des saveurs, des opportunités pour s’établir, il y a l’aspect social… même spirituel… de partager un repas. Une façon de se retrouver, de s’ancrer dans un nouveau pays.
Née en Algérie… où elle adorait la musique de Roch Voisine… Souhila Benabadji est arrivée à Sudbury, en Ontario, pour faire son doctorat à l’Université Laurentienne. Elle a aussi enseigné à l’université et au conseil scolaire francophone de la ville. Elle a passé un an à Sudbury… et elle était assez impliquée avec la communauté, les mosquées… mais elle était aussi consciente des étudiants étrangers qui se trouvaient plutôt seuls.
Souhila Benabadji Puis le dernier point aussi, je viens de me rappeler, ce que je voulais dire aussi, avec les femmes de la communauté, c’est que, pendant le mois sacré du ramadan, donc on jeûne. Et, moi, j’étais au campus. Et, l’édifice où j’étais, il y avait beaucoup d’autres étudiants étrangers qui étaient seuls. Et, de manière générale, le ramadan, c’est toujours—c’est toujours le mois du partage. On est tous ensemble, on partage la nourriture, on prie ensemble et tout. Alors, moi, j’ai toujours voulu regrouper les gens autour d’un repas. Et j’avais discuté avec quelques femmes—parce que je travaillais à ce moment-là. Donc, je ne pouvais pas assurer de tout préparer. Puis mon budget ne permettait pas aussi de faire ça chaque jour. Alors, j’en avais discuté avec les femmes de la communauté. Et elles étaient partantes pour qu’on fasse un horaire. Puis, pendant toute la semaine, chaque personne prépare quelque chose. Puis on va juste chercher la nourriture et puis inviter toutes les personnes qui sont sur le campus qui sont seules. On est allé au-delà du campus parce qu’il y avait d’autres étudiants étrangers qui n’habitaient pas forcément en résidence. Donc, on avait un tableau. Et chaque—chaque jour de semaine, j’allais récupérer la nourriture après le travail chez une. Puis tout le monde venait manger chez moi. On a fait ça pour tout le mois. Les fins de semaine, c’était un petit peu différent parce que, les fins de semaine, c’était la mosquée qui organisait un repas-partage. Donc, on allait tous à la mosquée pour rencontrer d’autres gens de la communauté. Donc, ça, c’était—c’était comme indépendamment des autres associations dans lesquelles j’étais. Mais je pense que—en tout cas, j’avais—j’avais des personnes qui disaient : vraiment, ça fait longtemps qu’ils n’ont pas eu un repas de famille. Et, ça, je le comprends parce que la majorité ne savent pas cuisiner et ils aiment bien manger. Donc—(rires). C’était ça.
Philip Moscovitch Même si on n'aime pas cuisiner, on aime manger, n'est ce pas? Merci d'avoir écouté d'innombrables voyages du Musée canadien de l'immigration du Quai 21, situé au Halifax Seaport. Si vous souhaitez entendre plus d'histoires comme celle ci et aider de nouveaux auditeurs à découvrir notre balado, assurez vous de coter l’émission ou de laisser un commentaire.